Après 22 années dans l’agriculture, Claude a décidé de quitter son métier et sa ferme le 31 décembre 2025. Une décision qu’il avait mûrement réfléchi depuis 2022. Attaché à l’idée de pérenniser le GAEC de la Brumagne, il a décidé de transmettre ses parts afin que son associé Didier Bruyère puisse poursuivre l’activité. Dans cet article, Claude fait le bilan de cette belle page de sa vie et raconte sa transition d’agriculteur à paysan.
Mon installation et la création du GAEC de la Brumagne
« J’ai commencé en 2003 avec la reprise de l’exploitation familiale en production laitière bovine. C’était le 1er juillet, je me suis installé seul avec la volonté de trouver un associé dans les 5 années suivantes.
Je n’imaginais pas faire ce métier seul, travailler sept jour sur sept sans prendre de week-end, ni de vacances, comme mes parents l’ont fait. Je m’imaginais avec un associé compétent avec le matériel, qui pourrait s’occuper des cultures, car moi, c’est les vaches que j’aime et qui me passionnent.
Tout ira très vite, je rencontre mon futur associé Didier en 2004.
Nous travaillons ensemble pendant un an, afin de voir si nous nous entendons bien, en assurant les traites dans les deux fermes, et en se libérant ainsi des week-ends. Le GAEC de la Brumagne sera crée le 1er avril 2005 .
Nous construisons une stabulation pour nous permettre de travailler dans de bonnes conditions. »
La crise du lait et l'heure des changements de pratiques
« En 2009-2010 survient « la crise du lait », et face à nos lourds investissements notre structure se trouve en difficulté financière. A ce moment là, nous devons choisir parmi deux scénarios pour redresser la barre. Celui d’intensifier notre activité (plus d’engrais, plus de lait…) ou bien de prendre le virage de l’agriculture biologique. Il faut savoir qu’à l’époque le litre de lait bio valait 42 à 45 centimes, contre 30 centimes en conventionnel.
Bien que nous n’y connaissons rien à ce mode de production, nous prenons la décision de passer en bio en 2010 et seront certifiés en 2012.
C’est le début d’un grand changement de pratiques sur notre ferme. Nous nous faisons aider par Agribio Rhône et Loire par le biais de ses multiples formations. Malgré le gros volume de travail sur la ferme, j’ai envie de rejoindre le conseil d’administration d’Agribio Rhône et Loire et j’en deviens le président. Les valeur de la bio m’inspirent et j’en deviens un véritable défenseur. Je m’investis également dans le conseil d’administration de la caisse locale du crédit agricole en 2010, et j’en prendrai la présidence en 2012. »
Les collectifs de paysans, un mode de travail qui (ap)porte !
« Pour pallier à mes absences sur la ferme, nous allons participer à notre première aventure collective avec la constitution d’ un groupement d’employeurs pour favoriser le salariat sur la ferme.
En 2016, après notre passage de Danone à Biolait pour la collecte de notre lait, nous suivons la résolution prise lors de l’AG de Biolait : nourrir nos vaches avec des aliments 100 % français. Pour répondre à cette exigence, nous allons donc faire partie de l’émergence de deux groupes : Mon associé ira dans le groupe maïs population et moi dans celui de l’autonomie protéique. Cela aura un impact important sur nos deux personnalités et sur la ferme, le travail collectif prendra tout son sens.
Ces aventures dureront trois ans, et entre-temps l’idée de travailler en collectif nous a conquis. Avec trois autres fermes du territoire, nous entamons une réflexion sur la construction d’une fromagerie collective. Elle verra le jour le 18 juin 2020 sous le nom d’Altermonts. »
Transmettre ce que l'on a construit...
« En 2021, se produit un grave incident sur notre ferme, 21 vaches mourront suite à une intoxication alimentaire. Après cet accident et 6 mois de souffrance, je serais en arrêt 3 mois, suite à la pause d’une prothèse de hanche.
Au printemps 2022, je prends la décision de quitter mon métier. Pour autant, je souhaite pérenniser notre ferme. Après la rencontre de plusieurs personnes intéressées par la reprise, c’est seulement à l’été 2025, que nous rencontrons Maxance Moisson et Charlotte Taha, de belles personnes qui s’investissent sur la ferme pour reprendre mes parts et ouvrir un nouveau chapitre au GAEC de la Brumagne. »
« Voilà une belle page de ma vie qui se tourne après ses moments intenses de joie, de frustration, de colère, de fierté et de labeur. Aujourd’hui, il me reste à trouver une autre voie pour continuer à écrire d’autres pages professionnelles. »
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